2012— ATELIER CINÉMA : L’HÔPITAL DE JOUR HENRI COLLOMB

Structure coordinatrice

THÉÂTRE L’ASTRONEF

Intervenant•e

SARAH OUAZZANI
Réalisatrice, artiste sonore et visuelle.

Je m’intéresse de plus en plus dans mes créations personnelles aux passerelles entre les différents arts : texte, son et musique, dessin, vidéo, théâtre et à l’exploration d’un monde onirique et poétique​.

Le souvenir, le voyage, l’exil, la fuite, l’envolée, les mythes, les rêves, les éléments sont au centre de ma démarche.

​​Après avoir croisé le regards d’enfants autour de l’univers du cirque avec Céline Renaudeau ( «Le cirque» diffusé sur Alsatic, réalisé à l’issu d’un DESS réalisation documentaire, à Strasbourg ), je me suis installée à Marseille où j’ai entrepris un travail autour de la mémoire.


​J’ai accompagné un film d’atelier «Belsunce vu par ses habitants»(constitution de la mémoire d’ une vie de quartier disparition ) et j’ai réalise en 2003, « L’image des femmes dans le film de famille » qui a servi de point de départ à une quête personnelle et poétique autour de la féminité qui s’ est matérialisée dans un documentaire, « De l’une à Elles », produit en 2007, prix de la meilleure utilisation d’images d’archives amateures au festival Mémorimage de Reus en Espagne.​

Depuis, j’interviens dans des ateliers d’art plastique, d’écriture et de vidéo avec différents publics, enfants, adultes, personnes âgées, dans différentes structures : école, centre social, hôpital de jour… et je travaille par ailleurs à des films de créations de commande.

[En savoir plus->http://souazzani.wix.com/sarinetta#!accueil/c19d6]

Descriptif

A partir de plusieurs cadavres exquis, nous avons ensemble, patients, soignants, intervenante, laissé vagabonder notre imaginaire, écouter notre inconscient collectif pour écrire un scénario libre et le tourner, jouer en laissant une place à l’improvisation.

-* L’écriture :

Une première étape d’écriture s’est déroulée au sein de l’Astronef. Les patients de l’hôpital Edouard Toulouse et des hôpitaux de jours qui y sont rattachés ont été invités à participer à l’écriture d’une fiction. Une quinzaine de personnes ont participé à cette phase, jusqu’à constituer un groupe définitif de dix personnes qui suivaient régulièrement l’atelier.

Nous avons commencé par faire un tour de table des goûts et envies de chacun. Certains ont évoqué des films qu’ils avaient vu pour proposer des pistes de scénario. Il est apparu rapidement que les participants ne voulaient pas parler de l’hôpital, qu’ils avaient envie de faire un film qui se passe dans la nature, que la mer soit présente et qu’il y ait de la musique.

Pour délier l’imaginaire des participants et créer un objet cinématographique qui soit propre au groupe et reflète un inconscient collectif, nous avons travaillé à partir de cadavres exquis. A partir des phrases obtenues, nous avons commencé à écrire collectivement notre scénario et à réfléchir à la forme filmé qu’il prendrait.

Je souhaitais transmettre aux participants une approche poétique du cinéma, travailler sur la sensation et le symbolique. J’ai peu à peu déconstruit la notion de « résolution » avec laquelle les participants étaient familiers pour parvenir à une forme ouverte, où chacun peut lire le film à sa façon et se l’approprier.

Nous avons décidé de travailler des voix off pour chaque personnage et d’alterner des séquences jouées en direct avec des séquences en voix off. Les séquences filmées en voix directes demandent une grande concentration de la part des acteurs et le temps imparti à l’atelier ne nous paraissait pas suffisant pour pouvoir traiter toutes les séquences de cette façon et arriver à un jeu d’acteur de qualité. La voix off permet aux acteurs de travailler davantage sur le geste ou l’expression du visage.

Au cours de l’étape d’écriture, les participants ont visionné Amarcord de Federico Fellini car le film qui présente des tranches de vies qui se croisent, faisait écho à notre façon d’approcher le scénario. Nous avons analysé ensemble la première séquence pour nous familiariser avec la notion de cadrage et de montage.

  • Le tournage :

L’approche du tournage a été progressive. Nous avons commencé par tourner une séquence qui se passait au sein de l’hôpital de jour Henri Colomb afin de nous familiariser avec le matériel de tournage puis, nous avons enregistré les voix off, avant de tourner en extérieur.

Les participants ont filmé cette année caméra à l’épaule afin que le film soit subjectif et retranscrive leur regard. Certains participants qui avaient déjà participé aux ateliers les années précédentes étaient très heureux de découvrir cette façon de filmer, nouvelle pour eux car ils avaient toujours jusqu’à présent, travailler avec la caméra sur pied.
Le tournage en extérieur s’est déroulé autour du Vieux-Port, dans l’anse de Malmousque et à Gémenos. Des séquences « documentaires » ont pu être tourné au marché aux poissons où un des acteurs « achète » un poisson.

Dans les lieux où nous tournions, les caméramans étaient invités en plus des scènes prévues dans notre scénario à filmer librement l’environnement dans lequel nous nous installions. J’ai tenu à utiliser le scénario comme un canevas où chacun puisse se sentir libre d’improviser tant avec l’image qu’avec le jeu d’acteur. Les plus à l’aise avec le langage pouvaient improviser leurs textes, ceux plus à l’aise avec le langage corporel exprimaient davantage leur personnage par le geste. Tout le monde a ainsi pu trouver sa place dans le film y compris les musiciens qui ont pu créer une bande son originale au film. Au fur et à mesure du tournage, les participants étaient de plus en plus à l’aise tant devant que derrière la caméra. Certaines prises de vues ont été refaites des dizaines de fois, mais nous étions toujours heureux malgré les difficultés de parvenir à un résultat qui nous plaise.

  • Le montage :

Nous avons visionné ensemble tous les rushs filmés et choisi les séquences qui nous intéressaient. Les participants étaient très heureux de découvrir les images qu’ils trouvaient très belles et se rendaient compte de tout le travail qu’ils avaient dû faire pour arriver à ce résultat.
Nous avons défini ensemble l’ordre du montage et j’ai monté le film, seule (car nous n’avions pas assez de temps d’atelier pour pouvoir faire le montage tous ensemble), avant de leur soumettre le film final qu’ils ont accueilli avec joie et satisfaction : « On a bien travaillé ».

  • Le bilan :

L’enjeu premier de l’atelier était que les participants aient un réel regard sur le scénario et la réalisation : écriture collective, caméra subjective, jeu d’acteur…, afin de créer un objet cinématographique.

Le second objectif était de le diffuser pour faire sortir l’œuvre de l’hôpital et permettre aux membres du collectif de la présenter aux côtés d’autres réalisateurs.

Le film a été diffusé au Théâtre de l’Astronef, le 28 Juin 2012, et au Polygone étoilé, où les participants ont pu présenter leur film pendant la semaine asymétrique au côté d’autres réalisateurs, le 1 er Décembre 2012. Je continue par ailleurs régulièrement à proposer le film à des festivals de courts métrages.

J’ai eu un très grand plaisir à accompagner cet atelier très riche humainement, et à voir que les participants s’étaient approprié le film et pouvaient le présenter et expliquer leur travail et leur démarche en tant que réalisateur, sans que j’intervienne pour le faire.

J’ai pu constater l’importance de cet atelier qui existe depuis plusieurs années au sein de l’hôpital de jour Henri Colomb tant pour les « patients » qui développent un réel regard sur le cinéma et trouvent un moyen d’expression, mais aussi d’affirmation de leurs personnalités, que pour les infirmiers qui s’investissent beaucoup dans l’atelier et sont heureux de voir les individualités s’épanouir dans une création artistique. Le groupe de participants s’entraide, échange et se consolide au fur et à mesure de l’atelier et la perspective au groupe de pouvoir poursuivre et améliorer l’année suivante le travail leur permet de rester même en dehors des périodes de création dans un processus de réflexion et de désir de cinéma.