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Jeune public

ATELIER CINE-PHILO - CINE DES JEUNES (2017)

Structure support: INSTITUT DE L’IMAGE.

Atelier ciné-philo autour du film La ferme des animaux de John Halas et Joy Batchelor. La discussion a été menée autour des thèmes de l’injustice et de la révolte.

  • Date de l’atelier : avril 2017
  • Séances : projection et 1h30 de discussion
  • Lieu : Institut de l’Image (Aix-en-Provence)
  • Intervenant(s) artistique(s) : François Renucci
  • Public : 11 enfants entre 7 ans et demi et 12 ans


Après la projection du film les enfants ont été invités à se réunir en petit groupe de dix dans l’espace dédié aux ateliers.

"Qu’est-ce qui vous a marqué dans le film ?"
A partir de cette question, les enfants ont commencé à faire part de leurs sentiments.
La première chose qui est ressortie est le sentiment d’injustice qu’ils ont ressenti en observant certains des animaux s’user à la tâche pendant que d’autres, les cochons, se prélassaient sous prétexte de devoir coordonner les activités de la ferme. Ici, de nombreuses choses ont été dites ; les enfants ne trouvaient pas ça "normal" et cela a été l’occasion de poser la question de la normalité et de ce qui est juste.
Aux yeux de Constance, une des participantes, la réponse est simple "puisque tout le monde mange, tout le monde doit travailler". Comme cela est dit dans le film "tous les animaux sont égaux". Pour Pierre, la pire injustice est la maltraitance : à la fois du point de vue du traitement que le fermier réservait aux animaux au début du film - il ne les nourrissait plus et abusait de son autorité pour faire respecter l’ordre - et du point de vue des cochons qui ignoraient les maux des animaux, alors qu’ils sont eux-mêmes des animaux !

"Mais alors, pourquoi est-ce que le fait que l’on maltraite les animaux nous révolte ?"
Les enfants ont évoqué le fait que les animaux étaient des êtres vivants, "qu’ils étaient un peu comme nous" : ils mangent, ils boivent, ils dorment. C’est à cet endroit que l’intervenant, en sa qualité de professeur de français, a proposé un parallèle avec un texte de l’Antiquité, L’âne d’Or, d’Apulée, où est dépeinte la triste vie de maltraitance. C’était l’occasion de souligner que le rapport à l’animal avait largement évolué au cours du temps. Nous n’avons pas toujours considéré l’animal comme un être dont la vie devait être respectée, et ce notamment parce que nous nous considérons supérieur à lui. Là encore, une question simple : "pourquoi ?". Les enfants ont parlé "d’un cerveau plein d’idées" chez l’homme.
Pour autant, il s’agissait de souligner ici l’habitude des hommes de passer par la comparaison avec les animaux pour caricaturer des traits humains : "manger comme un cochon", "faire l’âne", "avoir une mémoire d’éléphant". C’est ici que François Renucci a évoqué les Fables de La Fontaine et le fait qu’il y aurait peut-être un peu de chacun des animaux en nous.

"Les animaux peuvent aider, mais pas seulement"
La suite du débat s’est orientée vers la question de la tyrannie et de la prise du pouvoir.
De manière très juste les enfants ont dépeint les cochons comme étant des tyrans ("des dictateurs qui, contrairement au président, ne demande pas leur avis aux gens"). Ils ont rapproché ces personnages d’Hitler, ont souligné que dans l’esthétique même du film on pouvait retrouver des points communs : les barbelés, les chiens de garde, les portraits du chef… A propos des chiens de garde, François Renucci a fait un rapport avec Staline, un dictateur dont la police secrète n’obéissait qu’à lui, pour mettre en évidence le fait qu’en France, aujourd’hui, la police obéit à la loi et non pas à un homme.

"Est-ce que vous comprenez que les animaux se révoltent ?"
A cet endroit la question du rapport à la loi est posée. Les enfants évoquent à nouveau l’injustice, l’exploitation, le mensonge, la manipulation, la trahison. Toutes ces thématiques sont rapprochées des attitudes de certains Hommes et on souligne la manière dont les lois peuvent être manipulées. La loi qu’avaient érigée en principe les animaux : "tous les animaux sont égaux" est transformée en "tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres". "Que cela dit-il de cette société ? Que les dirigeants servent leurs propres intérêts !"
De manière très fine, une petite fille a mis en avant le fait que dans ces conditions, on avait le droit de ne pas obéir puisque la personne qui interdit n’avait elle-même pas le droit d’interdire. Ce n’est rien d’autre que la question de la désobéissance civile qu’elle venait d’aborder !

"Dessinez une image du film qui vous revient, quelle qu’elle soit"
L’idée était, ensuite, de la décrire et la commenter devant tout le monde. Cela a été l’occasion de faire parler les plus timides ainsi que ceux qui pensaient que ne pas avoir aimé le film était un problème.

Conclusions
Ces échanges ont été d’une qualité et d’une richesse saisissantes. La qualité d’écoute et de concentration des enfants ont permis d’aborder les sujets les plus complexes et ce de manière intuitive. Lors de la discussion, l’intervenant a repassé certains extraits du film de manière à appuyer les dires des enfants et valoriser leurs propos. Dans un tel contexte de bienveillance telle, la parole a pu circuler librement et ce malgré des thématiques plus dures les unes que les autres. L’un des enfants a tout de même souhaité souligner les qualités de l’un des personnages principaux, comme pour finir sur une note positive, il a conclu sur Benjamin, l’âne, le héros.

Découvrez l’intégralité des propositions Ciné des jeunes.

Ville: AIX EN PROVENCE
Date de dernière mise à jour: 19 avril 2017

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