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Jeune public

ATELIER AU COLLÈGE HENRI BARNIER - TOUTE LA LUMIÈRE SUR LES SEGPA (2014/2015)

Structure support: ALHAMBRA CINEMARSEILLE.

Les élèves de 4eme SEGPA du collège Barnier dans les quartiers nord de Marseille sont originaires de près d’une quinzaine de pays différents. Sénégal, Kabylie, Comores, Espagne, Italie et bien d’autres... comment parents, grands-parents ou jeunes aujourd’hui vivent-ils ou ont-ils vécu ce grand voyage dans l’espoir d’une nouvelle vie ?

  • Dates : De janvier à juin 2015
  • Durée : 30h réparties sur 5 mois
  • Lieux : Collège Henri Barnier (Marseille)
  • Intervenant(s) artistique(s) : Axelle Schatz
  • Public concerné : 14 élèves de 4ème Segpa

Cet atelier a été mené avec la complicité de Sylvain Pace et Cécile Bruhat, enseignants au collège.

ATELIER AU COLLÈGE HENRI BARNIER - TOUTE LA LUMIÈRE SUR LES SEGPA (2014/2015)



Paroles de l’intervenante

> Le contexte et les partis pris
Parler de l’exil et de l’immigration fait avant tout appel à un travail sur la mémoire. 1ere génération, deuxième génération puis troisième, primo-arrivant sont des mots que les jeunes vivant dans les cités entendent beaucoup mais qui raisonnent pourtant très peu dans leur imaginaire collectif.

On parle souvent du « bled » pour ceux qui connaissent le pays d’origine de leurs aïeux ou comme beaucoup à Marseille, on porte simplement un nom de famille qui sonne italien ou espagnol.

Pour la réalisation de ce film, j’ai choisi de proposer aux élèves de réfléchir à ce qu’est l’exil, pourquoi on quitte son pays à un moment donné et comment on recommence une vie nouvelle. Ecouter des récits de voyage et se mettre à la place de ces personnes qui ont fait le grand départ. Et puis chercher dans sa famille des témoignages, des traces de ce passé qui finalement n’est pas souvent évoqué par les parents et les grands-parents.
C’était une manière détournée d’aborder la question de l’identité, une voie moins frontale. Ces jeunes habitants pour la plupart la cité de la Castellane, vivent un quotidien pour le moins « enfermant » et parler de soi rime souvent avec ghetto, violence, trafics, guetteur, etc.

Imaginer son grand départ, envisager de « tout quitter », nous a permis en quelque sorte de dépasser cette réalité, de se souvenir du pays d’origine, de nommer ce qui nous manquerait, ailleurs, ce qu’on ressentirait…

> L’appropriation du projet
Nous avons commencé par un travail d’écriture individuelle et collective qui a duré plusieurs séances.

Après quelques textes écrits et lus pour favoriser la rencontre, nous avons énuméré tous les pays d’origine des élèves. Pour 14 élèves, nous comptions plus d’une quinzaine de pays différents ! Je leur ai proposé l’exercice classique d’écrire un souvenir du « bled ».

Une élève très timide et réservée nous raconte alors une scène de préparation de plats traditionnels pour un mariage en Algérie : les femmes entre elles, qui cuisinent, partagent des histoires et rient beaucoup. Un récit émouvant et très bien narré. Toute la classe applaudit et les anecdotes personnelles fusent.
Soudain un élève propose « Madame on devrait faire un repas où chacun amène une spécialité de son pays d’origine ».
Les autres enthousiastes : « Oui, trop bonne idée, je pourrais amener des boulettes » « et moi des samossas », « des aubergines farcies…  »
Les enseignants sont d’accord. C’est parti. Un déclic s’est opéré.

Nous filmons le repas et ce moment de partage existera dans le montage final.

Nous visionnons des extraits des films La traversée de Jérôme Cornuau et Mémoires d’immigrés, les élèves sont souvent émus et parviennent à nommer ce qui les touchent : ils commencent à entrevoir les difficultés surmontées par bon nombre de personnes qui ont connu l’exil.

Nous alternons travail d’écriture personnel et travail en collectif sous forme de « brainstorming » en écrivant les idées au tableau - c’est un procédé que j’aime bien utiliser car il permet à tout le monde de participer, de travailler pédagogiquement sur le vocabulaire et de dépasser la « première » lecture du film. La solitude, la pauvreté, l’injustice, l’espoir d’une nouvelle vie, le courage, etc., sont des idées que les élèves parviennent à nommer.

Je leur montre un extrait d’un film que j’ai réalisé à la prison des Baumettes avec Jean-Michel Perez, extrait où une personne détenue regardant des images d’archives de la visite de Valéry Giscard d’Estaing dans un bidonville de Marseille y reconnaît sa grand-mère, moment déclencheur d’une parole et d’un questionnement sur la mémoire. Voir cet homme parler très sincèrement face caméra de son passé provoque un désir de raconter aussi, d’être curieux de l’Histoire, et de leur histoire propre, c’est-à-dire celle de leurs parents et grands-parents.

Je leur propose d’inviter des mamans pour qu’elles nous racontent à leur tour. L’une viendra, en classe, répondre à nos questions et nous exposer son parcours, son enfance. Une autre nous invitera chez elle et nous réaliserons un entretien en équipe réduite, entre elle et son fils.

Evidemment nous visionnons en classe entière et les élèves découvrent ce qu’est un bidonville, nous parlons des conditions de vie, de la solidarité, des premières cités etc., et nous découvrons aussi un autre visage de Rayan, dans sa maison, auprès de sa mère.

Un autre personnage du film, Darouech est primo-arrivant, il semble particulièrement touché par ce sujet mais il a du mal à expliquer son histoire à la classe entière. Nous réalisons une interview en petit comité – deux élèves pour l’image et le son – et si au début de l’entretien c’est moi qui questionne Darouech, très vite, ses deux camarades prennent ma place, touchés par l’histoire de ce jeune comorien.
Il a quitté son pays et sa famille, qu’il n’a pas revue depuis 7 ans. Il raconte en détail le choc de son arrivée à la cité, l’adaptation et le manque bien sûr du pays, de ses parents et de ses frères et sœurs. Au fond, il ne sait pas vraiment pourquoi c’est lui qu’on a choisi d’envoyer en France… Les deux filmeurs questionnent et se mettent à sa place. Darouech pour la première fois révèle son histoire, celle qu’il appelle « maman » est en fait sa tante…
Nous visionnons tous ensemble cet entretien et l’émotion gagne toute la classe. Je propose que chacun écrive une lettre à des parents qu’ils auraient quittés pour une nouvelle vie. A nouveau le dispositif marche très bien, l’empathie associée à l’imaginaire de chacun font naître de très beaux textes.
Je confierai ensuite une caméra à Darouech pour qu’il filme la cité, les toits, la mer de sa fenêtre.

> Le tournage
Nous poursuivons les tournages dans le quartier autour de la cité (tourner à l’intérieur de la cité de la Castellane est compliqué), au stade, au centre social et sur les hauteurs de Saint-Henri. Nous partons pour une journée sur l’île du Frioul. L’idée est bien sûr de filmer la traversée en bateau, Marseille qu’on quitte ou qu’on rejoint, la mer, tout ce qui peut évoquer notre sujet.
Nous tournerons aussi des travellings en voiture, le long du port autonome et dans les tunnels. La quasi totalité des plans du film a été tournée par les élèves.

Nous finissons le travail d’écriture en mettant en perspective tout ce que nous avons abordé.
Trois mondes : passé (celui des parents qui sont partis), présent (ici et aujourd’hui), et l’avenir.

Pour le dernier tournage, je demande aux jeunes d’amener quelque chose qui évoque leur pays d’origine : objets, photos, bijoux, etc. Nous filmerons cette ultime séquence dans le collège où chacun dépose son souvenir dans une valise.

> Le bilan
Lorsque le projet touchait à sa fin, nous nous sommes rendu compte (avec les enseignants) que ce travail sur des mois avait donné lieu à une production d’écrits formidable, et qu’il serait dommage de ne pas la valoriser et d’en garder une trace. Les enseignants ont alors décidé de publier un livret relatant tout le travail d’écriture effectué au cours de cet atelier.

Lorsque que la question « est-ce que vous aimeriez recommencer ? » est posée, plusieurs élèves ont répondu :
« Oui. Car j’ai découvert mes camarades de classe. Notre relation a changé, nous sommes plus soudés qu’avant maintenant que nous connaissons les histoires des autres... »

Et c’est bien l’un des participants à l’atelier, Darouech, qui a proposé le titre du film Trait d’union.

ATELIER AU COLLÈGE HENRI BARNIER - TOUTE LA LUMIÈRE SUR LES SEGPA (2014/2015)

Ville: MARSEILLE

Les images

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Date de dernière mise à jour: 16 novembre 2016

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