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Jeune public

ATELIER AU COLLEGE EDOUARD MANET - TOUTE LA LUMIERE SUR LES SEGPA (2015/2016)

Structure support: ALHAMBRA CINEMARSEILLE.

Cet atelier de réalisation a été proposé dans le cadre du projet Toute la Lumière sur les Segpa. Les participants ont été accompagnés par une intervenante artistique à l’élaboration d’un court métrage : de l’écriture au tournage.

  • Dates : Janvier à Juin 2016
  • Durée : 5 mois
  • Séances : 30 heures
  • Lieux : Collège Edouard Manet et cinéma l’Alhambra (Marseille)
  • Intervenant(s) artistique(s) : Axelle Schatz
  • Public concerné : 13 élèves de 3ème SEGPA

Cet atelier a été mené avec la complicité de Jean-Hugues Bessou et Françoise Couturier, enseignants au collège Edouard Manet.



Paroles de l’intervenante
Le souhait des élèves de cette classe de 3ème SEGPA était de réaliser un film sur la différence : le racisme, les cités, les origines. Et tout naturellement, la dualité fille garçon est venue s’imposer au cœur des discussions. Ce thème riche et vaste suscitait controverses, clichés et récits d’expériences. Chacun avait quelque chose à dire sur la question. Le sujet était là.

Le cinéma est pour moi et les jeunes de mes ateliers le lieu de la rencontre, le lieu où nous échangeons et nous fabriquons, le lieu où tout est « possible »… Même emprunter le chemin de l’intime avec la liberté de dire ou de ne pas dire, un chemin où l’on peut prendre le temps de la recherche...

Evidemment l’objet final, le film, doit pouvoir être porté par les apprentis réalisateurs, en ce sens qu’ils y reconnaissent leur travail et une part d’eux-mêmes, et je tiens à mettre l’accent sur le fait que je privilégie dans ma pratique l’expérience, le lien et la construction d’un espace de parole – conditions indissociables, je crois, à la réalisation d’un film d’atelier.

Le projet s’est réalisé sous forme d’aller-retour : je propose un exercice de tournage, visionnage, ou écriture – les élèves y répondent, s’en emparent, le détournent et me questionnent… Je dois revenir la fois suivante, en concertation avec les enseignants, avec des pistes – et non pas des réponses – pour qu’on avance ensemble autour de notre sujet. Nous cherchons le fil, pour déambuler dans le labyrinthe de la création documentaire.

Première phase, l’écriture.
Un temps pas simple pour les élèves mais essentiel à la construction d’une cohésion de groupe, d’une relation intervenant-professeur-élève, et d’une certaine confiance qui laisse la porte ouverte à des interrogations et des histoires personnelles. Lecture, discussion, débat alimentent les réflexions et les points de vue.
« L’homme rêvé, la femme rêvée, les stéréotypes et les représentations, ce qu’un homme peut faire, une femme non… et puis l’amour… le mariage, la virginité… »
Finalement la plupart des élèves se « livrent », assument, s’affrontent parfois mais respectent rapidement les souvenirs, les rêves et le positionnement de chacun.

Mes propositions sont alors les bienvenues :
- Petit jeu : « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe opposé sans jamais oser le demander » en laissant la liberté par l’anonymat (questions dans un chapeau). Nous abordons la sexualité, les sentiments, les comportements « étranges », la violence. Le dialogue foisonne durant deux heures. Nous transformerons cet échange en jeu télévisé pour le film.

- Le grand Mariage : on invite des « mamans » comoriennes à venir nous parler du mariage traditionnel. Dans la discussion, les élèves expliquent les rituels de leur culture d’origine - gitane, turque, algérienne, nigérienne… - et le débat s’échauffe autour des croyances religieuses et des inégalités « Pourquoi, vous les garçons vous n’êtes pas vierges au mariage ? », « Accepterais-tu de te marier avec quelqu’un qui n’est pas de la même religion que toi ? de la même origine ? », « Et si tu étais homosexuel ? », « Accepterais-tu que ta femme travaille ? »… L’échange existe entre les élèves eux-mêmes et entre les générations (avec les mamans).

- Analyse filmique d’un clip de rap : les élèves me parlent souvent des clips de rap et r’n’b. Ils m’en proposent un plutôt « représentatif » de ce qu’ils regardent habituellement. Nous en décortiquons la réalisation, débattons sur les interprétations possibles (les femmes dansent en maillot de bain, posent sur des voitures de luxe…) et arrivons à une « autre » lecture en identifiant le public visé et la stratégie lucrative des grandes majors de la production musicale. Cette séance sera filmée et montée en partie dans le film.

- Réécriture et interprétation de poèmes d’amour de la littérature française : à partir d’un recueil constitué par le professeur, les élèves réécrivent un poème d’amour et l’interprètent face caméra. Nous visionnons un montage brut de ce tournage et cherchons des solutions pour améliorer la séquence.

- D’autres exercices de tournage entrecoupent ces séances : il s’agit rapidement d’accepter d’être filmé, de se voir à l’image et de savoir regarder l’autre en tant que « personnage filmé ».

- Visionnage de séquences du documentaire La domination masculine de Patric Jean : une séquence sur la retouche photoshop d’un corps féminin nu pour un magazine les passionne. La question de la représentation de la femme est encore en jeu. Le sexisme dans la publicité, les jouets pour fille ou garçon et autres livres d’enfants nous mène vers la question du genre, ce qui est de l’ordre de l’inné ou de l’acquis. Alors nous vient l’idée d’inviter un pédopsychiatre à nous éclairer sur la question.

- Rencontre avec Marc Maximin, pédopsychiatre, tournée au Théâtre du Merlan : un échange riches, des notions parfois complexes abordées mais un intérêt certain des élèves. L’un d’eux filme la rencontre.

- La séquence de la mariée : nous cherchons ensemble en termes d’image ce qui pourrait symboliser l’amour. La robe de mariée est proposée. Plusieurs élèves amènent une robe traditionnelle et nous décidons de tourner une séquence de « femmes » - les préparatifs de la mariée, robe, coiffure, maquillage et discussion entre filles à propos du mariage rêvé. Les garçons qui filment la scène redoublent d’attention : ils découvrent un monde fascinant et totalement inconnu.

- Tournage du jeu télévisé : au foyer du collège. Mise en scène, décor, jeu d’acteur et écriture en reprenant le travail effectué sur les questions fille garçon en début d’atelier.

- Autres tournages : une journée en extérieur, Parc Borely et plage du Prado, interviews individuels pour les élèves qui le souhaitent, lecture des textes pour les voix-off et face caméra.

En juin, plusieurs projections ont été organisées : à l’Alhambra lors du Festival « Toute la lumière sur les SEGPA », le film remporte le prix spécial du jury. Au théâtre du Merlan en présence des parents, d’animateurs de centre sociaux et de membres de l’équipe du théâtre. Au collège, projection spéciale dans la salle de réunion pour les classes et les professeurs de l’enseignement général et lors de la journée de compte-rendu des projets menés tout au long de l’année en présence de parents d’élèves et professeurs de toute section confondue.

Les retours sur le film ont été très positifs, aussi bien du coté des enseignants, que de celui des élèves et du public.
Selon les enseignants, ce projet a fédéré la classe, et permis à certains élèves d’évoluer en terme de confiance en soi et de comportement. Ils ont été surpris par leur désir de parler sincèrement, de se livrer et de s’investir dans un projet collectif.
Les jeunes, eux, ne voulaient pas que le projet s’arrête, « ça va nous manquer, Madame » Ils ont dit qu’ils aimeraient montrer le film à leurs enfants, un jour, « tellement ils en étaient fiers », et qu’ils avaient appris « un petit bout du cinéma ». Et même s’ils ont encore du mal à parler du film et de cette expérience en public, ils ont été présents à toutes les projections, accueillant avec émotions et fierté l’enthousiasme des spectateurs.
Ce désir d’être là, ensemble, est, je crois, une véritable marque d’implication et de réussite pour ces jeunes et l’ensemble du projet.

Synopsis
A l’adolescence, filles et garçons, s’observent, se provoquent, se méprisent, s’aiment ou se fuient… Le sexe opposé devient objet de curiosité et d’incompréhension. Questions, angoisse, espoir, représentations… de jeunes collégiens d’une quinzaine d’années bousculent nos préjugés avec humour et sincérité.

Diffusion
Festival Toute la lumière sur les SEGPA
Le jury a décerné au court métrage L’amour, ça change un peu de la colère le prix de l’émotion et de la sincérité et le prix spécial du public.

Ville: MARSEILLE

Les vidéos

Date de dernière mise à jour: 20 octobre 2016

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